L’enquête
exclusive du cabinet de rémunération Hewitt sur
les salaires de la fonction RH
Régulièrement présentée
comme “stratégique” et
“créatrice de valeur”, la fonction RH
est-elle rémunérée à la
hauteur de la place que lui assigne le discours managérial ?
L’étude de Hewitt, la première du
genre, tend à démontrer l’inverse.
Partant de l’hypothèse que
rémunération = valeur de la fonction, la
hiérarchie des rémunérations renvoie
à un classement des priorités des entreprises.
L’étude de Hewitt
est, à ce titre, riche d’enseignements.
« A rebours du discours des entreprises sur
l’importance qu’elles accordent à une
gestion sur le long terme – par exemple, le recrutement, ou
la formation –, il apparaît qu’elles
valorisent, au contraire, le court terme. Ce n’est pas
très encourageant », remarque François
Auger, consultant senior chez Hewitt.
Le directeur le moins bien
payé
Hewitt a, ainsi, comparé la
rémunération médiane annuelle des DRH
avec celle de quatre autres directeurs. Avec une médiane
à 111 430 euros, les DRH sont les moins bien
payés. Sans surprise, le DRH est largement
distancé par le directeur général (271
314 euros), mais aussi, et c’est plus surprenant, par celui
de la communication (127 114 euros) et par le directeur juridique (124
132 euros). « Alors que les entreprises sont de plus en plus
sensibles à la perception du risque, faut-il
s’étonner qu’elles valorisent le
directeur en charge de leur image et celui qui a pour mission de
réduire les risques juridiques de tous ordres ? »,
s’interroge François Auger.
Mode de calcul
La mauvaise place du DRH, comme celle
du directeur financier (114 390 euros), dans la hiérarchie
des rémunérations, pourrait toutefois
s’expliquer par le mode de calcul retenu : la
médiane est insensible aux
rémunérations très
élevées, caractéristiques de ces deux
fonctions.
Comité de
direction
La hiérarchie des
rémunérations entre les 11 fonctions RH
étudiées semble cependant confirmer
l’hypothèse de François Auger.
Logiquement, la rémunération du DRH se
détache nettement de celle des autres fonctions (lire
tableau p. 28). « Dès qu’on entre au
comité de direction, la rémunération
augmente très significativement », explique
François Auger. Tout aussi logiquement, le juriste et le
responsable paie, qui sont d’abord des techniciens, se
trouvent à l’autre bout de
l’échelle : ils gagnent, respectivement, 40 765
euros et 40 440 euros.
Marge de manœuvre
Au-dessus d’eux se trouvent
le responsable du recrutement (46 191 euros) et celui de la formation
(53 055 euros). Ils perçoivent une
rémunération située plutôt
vers le bas de l’échelle, « alors
qu’ils travaillent sur le long terme et pour
l’investissement de l’entreprise.
D’où des interrogations sur leur degré
d’initiative et leur marge de manœuvre en France,
pays qui souffre de “diplômite” et de
“jeunisme” aigus ». A contrario, le
responsable des relations sociales (71 505 euros) et le comp &
ben (66 625 euros) tiennent le haut du pavé.
La position des autres fonctions dans la hiérarchie des
rémunérations s’explique moins
facilement à partir des catégories long
terme/court terme. Ainsi, il est difficile de dire dans laquelle des
deux catégories se situent les fonctions
généralistes de responsable des ressources
humaines (57 000 euros) et de responsable du personnel d’une
unité (50 605 euros).
Effet de
proximité avec le DRH
La position du responsable de la
gestion des cadres (68 363 euros) s’expliquerait, quant
à elle, « par sa proximité avec le DRH,
dont il est le n-1, et par sa responsabilité sur des
populations stratégiques (cadres, jeunes
diplômés, hauts potentiels) ». Quant
à la rémunération du responsable SIRH
(51 522 euros), dont la fonction est récente et
évolutive, elle est sans doute appelée
à se déplacer dans la hiérarchie.
Reflet de l’état du marché de
l’emploi, la progression des
rémunérations fixes, que Hewitt a
mesuré sur 3 ans, peut également
présager d’une évolution du classement.
Entre 2005 et 2007, le salaire fixe du comp & ben est celui qui
a le plus augmenté : 7,9 %, devant ceux du responsable des
relations sociales (7,1 %) et du juriste (7 %). A l’inverse,
ceux des responsables paie et formations
n’évoluent respectivement que de 5,9 % et 6,3 %
Emmanuel Franck avec Sabine Germain
Les
rémunérations médianes des fonctions
étudiées :
Directeur des ressources humaines : 111 430 €
Responsable des relations sociales : 71 505 €
Responsable de la gestion des cadres : 68 363 €
Responsable rémunérations et avantages sociaux :
66 625 €
Responsable ressources humaines : 57 000 €
Responsable de la formation : 53 055 €
Responsable SIRH : 51 522 €
Responsable du personnel d’une unité : 50 605
€
Responsable du recrutement : 46 191 €
Juriste en droit du travail : 40 765 €
Responsable paie : 40 440 €