Interventions médiatiques
François Chérèque au Monde
« Sur le temps de travail, le gouvernement a choisi l'affrontement »
En
ne reprenant pas les propositions sur le temps de travail de la
position commune, signée par la CFDT, la CGT, le Medef et la
CGPME, le gouvernement choisit l'affrontement. Interrogé par Le
Monde, le secrétaire général de la CFDT parle de
« provocation ».
Le
gouvernement modifie les règles sur le temps de travail et
enterre de fait les 35 heures. Quelle est votre réaction ?
Le gouvernement choisit de s'affronter à la CFDT et la CGT, qui
plus est sur un sujet identitaire pour la CFDT, celui du temps de
travail. Il organise la fin des 35 heures dans la
réalité. Je vis cela comme une mise en cause de la
légitimité de nos deux organisations. C'est la
première fois dans notre histoire sociale qu'un accord aussi
important, la modernisation du dialogue social, est signé par
les deux plus grandes organisations syndicales. Et c'est sur ce texte
que le gouvernement décide de ne pas respecter la position
commune sur la partie concernant le temps de travail et de destructurer
totalement l'organisation du travail dans les entreprises. C'est un
affront ou un défi, en tout cas une provocation.
Comment la CFDT compte-t-elle répondre à cette « provocation »?
L'élargissement de la mobilisation sur les retraites à la
question du temps de travail est clairement posée. Les militants
de la CFDT sont comme moi, ils n'acceptent pas. Avec son texte, le
gouvernement nous amène à réagir
simultanément sur le temps de travail et les retraites. Cela
nous entraîne dans une mobilisation globalisante, ce contre quoi
j'ai toujours résisté, y compris dans la CFDT. Avec ces
deux sujets, retraites et 35 heures, on est au cœur du
débat sur la valeur travail et notre métier de
syndicaliste.
Xavier Bertrand explique que vous pouviez vous saisir de la question du temps de travail et ne l'avez pas fait…
Nous avons proposé dans le cadre de l'article 17 de la position
commune la possibilité pour les entreprises de déroger,
avec un accord majoritaire et de manière expérimentale,
sur le contingent d'heures supplémentaires. Comme le
prévoit la loi sur le dialogue social, le gouvernement devait
reprendre cette proposition et la soumettre aux députés.
Qu'il existe un droit d'amendement, c'est la règle de la
République et nous étions prêts à discuter
avec les parlementaires.
Une réunion était prévue, le 10 juin, entre les
signataires de la position commune et le groupe UMP. À quoi va
servir cette rencontre puisque nous n'avons même plus la
possibilité de dialoguer ? De plus, nous avons proposé
avec Bernard Thibault l'ouverture d'une concertation, d'une
négociation plus globale sur le temps de travail.
Le gouvernement ou l'Élysée vous ont-ils proposé un accord ?
Il ne peut pas y avoir de « deal » sur un accord collectif,
ou ce serait la négation du compromis et de l'accord
signé, la porte ouverte à toutes les magouilles.
Lorsqu'on s'est engagé sur la position commune, le chef de
l'État a fait une tribune dans Le Monde, se félicitant de
la réussite du dialogue social. Xavier Bertrand et Christine
Lagarde m'ont dit que nous avions fait une avancée sur le temps
de travail. Ils se sont engagés publiquement sur la
transcription de l'accord. Le changement d'attitude de M. Bertrand
s'est fait après la déclaration de Patrick Devedjian sur
les 35 heures.
On est dans l'instrumentalisation d'un accord des partenaires sociaux
pour régler un problème entre la majorité et le
gouvernement, c'est inacceptable. Ce projet de loi est la
réponse du secrétaire général adjoint de
l'UMP, M. Bertrand, à son secrétaire
général, M. Devedjian.
Le
secrétaire général de FO, Jean-Claude Mailly, rend
responsable les signataires de la position commune de cette
déreglementation du temps de travail.
Le gouvernement, en prenant cette décision, ouvre la porte
à ce type de critique. Je me demande comment, demain, je pourrai
faire croire à mes militants qu'en signant un accord, on a la
parole et la garantie du gouvernement qu'il respectera notre signature.
C'est la première fois qu'un ministre du travail rompt cette
confiance, alors qu'il est là pour la renforcer.n
Propos recueillis par Rémi Barroux pour Le Monde © CFDT (mis en ligne le 29 mai 2008)
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