Entretien annuel : du rendez-vous manqué au contrat de confiance
Pour de nombreux salariés , l’entretien annuel est un rendez-vous
manqué. L’engouement voisine avec la déception. Les managers ne peuvent s’engager
ni pour eux-mêmes ni envers les salariés qu’ils évaluent.
Les classements pratiqués dans certaines entreprises
rappellent l’école d’autrefois, avec ses bons points et ses bonnets d’âne! S’il
est nécessaire d’évaluer le travail, de mesurer les performances et d’apprécier
les possibilités, il faut se méfier des techniques, rudimentaires ou
sophistiquées, qui substituent à l’appréciation humaine des classements
mécaniques. Associés à la culture de la performance apparue dans les années
1980, les outils de gestion imposent une représentation du travail dans laquelle
personne ne se retrouve. Les salariés demeurent en mal d’une reconnaissance que
les tableaux statistiques sont incapables de leur accorder.
La qualité de l’entretien ne doit pas dépendre de la
possibilité de quantification des critères, ni de la valorisation sous forme
d’indicateurs : la relation de confiance doit primer sur la formalisation des
rapports humains. Ce n’est pas seulement un problème de justice, mais aussi
d’efficacité : une évaluation à l’emporte-pièce est rarement profitable à
l’organisation de travail. La performance collective, les coups de bourre et les
coups de mous, les mauvaises décisions et la désorganisation qui en résulte,
tout cela reste au mieux mal représenté, au pire invisible. Ainsi en est-il d’un
phénomène de société (ou signe annonciateur de la crise du capitalisme pour
certains commentateurs), le désengagement des salariés peut être lu comme la
conséquence de politiques managériales mal conçues.
Ce désengagement a un coût. Dans des organisations de travail
obsédées par les indicateurs, sa mise en valeur peut être un moyen de discuter
et de faire évoluer les modes de gestion. Il est temps d’évaluer
l’évaluation.
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