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Délocalisations, la nouvelle critique syndicale

Un exemple avec le secteur I et T, informatique et télécoms.

édito |  contact : Jean-Paul Bouchet

Les délocalisations sont-elles synonymes de destruction massive d’emplois ? Le projet européen MOOS, pour «Managing Offshoring and Outsourcing Sustainable» vient aujourd’hui renouveler la critique... et les outils d’intervention syndicale.


Les délocalisations font souvent l’objet d’une critique sévère, faite de nationalisme et de protectionnisme. Sont-elles synonymes de destruction massive d’emplois, y compris dans la recherche-développement? Le projet européen MOOS, pour «Managing Offshoring and Outsourcing Sustainable», conduit en 2006-2007 par 7 organisations syndicales – la CFDT Cadres pour la France -, vient aujourd’hui renouveler la critique. Tout en construisant des outils d’intervention syndicale adaptés pour les équipes confrontées aux délocalisations. A quelles conditions la mondialisation et la nouvelle division internationale du travail peuvent elles être opportunités, tant pour les travailleurs en France et en Europe, que pour les travailleurs des pays émergents? Quels peuvent être les outils d’une intervention syndicale dans les entreprises pour favoriser la transformation des risques en opportunités, remettre les questions d’emploi, de compétences au cœur des préoccupations ?
 

Un regard sur les ces 25 dernières années permet d’éclairer les choix des entreprises en matière de localisation de leurs activités informatiques. Que constatons-nous? Les entreprises ont recherché en permanence des économies d’échelles, des gains de productivité, des moyens de réduire leurs coûts de conception, développement, production de systèmes de gestion automatisée. Lorsque les regroupements de moyens sous la forme de groupement d’intérêt économique (GIE) hébergeant des systèmes propriétaires n’ont plus suffi, les entreprises se sont tournées vers des progiciels de gestion intégrée (progiciel de gestion intégré, PGI, en anglais Entreprise Ressource Planning, ERP). Cette standardisation des outils de gestion couplée à l’industrialisation des activités de développement, de maintenance et d’exploitation des systèmes a largement participé de l’étape suivante: celle consistant à externaliser ou «outsourcer» massivement tout ou partie de ces activités auprès de prestataires spécialisés (Facilities Management de Maintenance, de production, de gestion de parcs…), variabilisant ainsi leurs charges par un paiement à l’acte ou à la prestation. Lorsque les directions générales ont considéré que leur informatique leur coûtait encore trop cher, soit en interne, soit auprès de SSII, elles se sont orientées vers des solutions à bas coûts de main d’œuvre, jouant sur la variable d’ajustement de la masse salariale, même si d’autres critères ont parfois guidé ces choix (développement sur des marchés émergents…). Ainsi est apparu l’offshoring vers les pays du Maghreb mais surtout vers l’Asie du Sud-Est, vers l’Inde, puis vers la Chine… et demain ?
 

La seule logique de la compétitivité par les coûts n'est «tenable», durable, pour deux raisons:

- un effet de seuil de la politique du coût le plus bas

- la nécessaire si ce n’est impérative création de valeur ajoutée compétitive
 
Sans doute avons-nous atteint des effets de seuil en matière de politique à bas coût. La compétitivité des entreprises se jouera aussi sur la performance de leur système informatique, c'est-à-dire la capacité de celle-ci à contribuer à la création d’une valeur ajoutée différenciatrice. Si pendant 25 ans, les entreprises ont peu questionné le processus de conception – fabrication de code et de composants logiciels, elles ne pourront plus en faire l’impasse. C’est bien le contenu du travail de tous les acteurs de la chaîne d’activités et leurs compétences qu’il faut désormais réinterroger pour plus d’efficacité, de qualité, de productivité. Le renouvellement de notre critique des délocalisations dans ce secteur doit nous permettre d’aller jusqu’à la formulation de propositions innovantes, de nouvelles grilles de questionnement, d’analyse et d’évaluation. Comme le résume Francis Ginsbourger qui nous a accompagnés dans cette démarche, il nous faut passer d’un pilotage par les coûts à une gestion économique du travail. L’entrée par une prospective des compétences devient alors incontournable. Quel challenge!
 
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